dimanche, 24 octobre , 2021

Cuidam : lutter contre le harcèlement au travail

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Enquête : ces mouvements qui dénoncent les abus au travail

Depuis plusieurs mois maintenant, les réseaux sociaux se remplissent de témoignages accablants d’abus au travail dans de nombreuses entreprises. Harcèlement moral ou sexuel, licenciement sans motif, management draconien… sur les comptes “Balance ta start-up”, “Balance ta rédac” ou encore “Balance ton agence”, les langues se délient. 

Quand Instagram lève le voile sur les abus au travail

Tout commence le 20 janvier dernier. Sur les réseaux sociaux, la marque de bijoux Lou Yetu se fait flageller pour ses pratiques abusives dans le cadre du travail. Derrière l’image alléchante de bijoux artisanaux et français se cacherait en réalité des bijoux “made in China”, des “directives racistes”, du “harcèlement moral” ou encore des “horaires à rallonge”. Le compte Instagram Balance ta Start-up partage alors de nombreux témoignages et voit son nombre d’abonnés bondir, réunissant aujourd’hui une communauté de 183 000 personnes. Depuis, les confessions s’enchaînent et les voiles tombent. Parce que Lou Yetu est loin d’être la seule entreprise accusée de pratiques abusives. Alors pour aider les employés en détresse, deux avocates en droit du travail proposent des lives sur le compte instagram “Balance ta Start-up”. L’objectif ? Que les salariés connaissent leurs droits et qu’ils sachent comment réagir selon leur situation. Aujourd’hui, ils sont nombreux à nous avoir livré anonymement leur histoire d’abus au travail. 

Deux avocates en droit du travail proposent des lives sur le compte instagram “Balance ta Start-up”, pour que les salariés connaissent leurs droits et sachent comment réagir.

Abus au travail : Les start-up face à leurs méthodes de management

En 2018, Aurore* est en stage de fin d’année dans une agence de communication parisienne. “C’était une toute petite structure et nous étions trois stagiaires à l’époque”, raconte la jeune femme. Dès son premier jour, Aurore est ravie “Le manager et l’équipe nous ont directement mis à l’aise. Ils nous ont proposé de boire des bières à l’agence, après le travail.” Aurore et les deux autres stagiaires se sentent intégrés. “Et puis le manager, nous a tous invité au bar, dans l’une des rues les plus festives de Paris. Plusieurs fois. Mais au bout de la 3ème soirée, il est devenu très avenant avec l’une des stagiaires. Un peu trop.” Elle avait la vingtaine, lui la quarantaine et une petite amie. “Il lui disait qu’elle l’attirait et puis il l’a embrassée devant toute l’équipe. Elle a reculé, gênée. Et on est parties.” Le lendemain, l’ambiance est tendue au bureau. “Il a recommencé et lui a réclamé du sexe avec lui et sa petite amie, qui assistait à tout cela avec connivence.” La jeune proie de ce manager subit ses derniers jours de stage. Aurore, elle, n’a qu’une seule envie : partir et ne jamais revenir. 

Comme Aurore, de nombreux salariés ne connaissent pas leurs droits ou n’osent pas les appliquer face aux abus au travail. Parce qu’ils se sentent intimidés, sinon parce qu’ils ne possèdent pas de services RH. C’est le cas de Clara*, 26 ans, community manager dans une petite agence. Cela ne fait pas 2 ans que la jeune femme a été embauchée. Et pourtant, elle cherche déjà une nouvelle entreprise qui pourrait l’accueillir. “La pression sur les salariés est permanente”, confie Clara. “On nous fait des reproches à tout va et lorsque quelque chose cloche, on nous envoie des messages jusque tard le soir.” Tous les matins, Clara part au travail la boule au ventre. Tout comme ses collègues. “On est nombreux à avoir peur des tâches de dernière minute à faire dans l’urgence, parce qu’elles sont quasi quotidiennes.” Et quand on demande à Clara si on l’oblige à rester travailler le soir, sa réponse est celle-ci : “Nous nous infligeons nous même nos horaires. Sans ça, il serait impossible de terminer ce qu’on a à faire. Ma supérieure me tomberait dessus“. 

Un acharnement au travail qui pousse au burn-out

Si pour certains taper du point sur la table lorsqu’on est victime d’abus au travail fait bien trop peur, pour d’autres, c’est une question de survie. Julia* est journaliste en presse écrite. Et malgré tout l’amour qu’elle porte à son travail, elle s’est vue contrainte de poser sa démission en décembre dernier, pour le bien de sa santé mentale. Avant elle, quatre de ses confrères et consoeurs ont démissionné, en l’espace d’un an. Parmi eux, Charlotte*, 23 ans. Comme elle, Julia a commencé par prendre des anxiolytiques, pour tenir. Mais ça n’a pas suffit. “Le rédacteur en chef était tout le temps sur notre dos”, confient les deux journalistes. “On avait une quantité énorme de travail, assez pour pouvoir faire travailler deux personnes au moins.” Et des horaires à rallonge, qu’importe la période de l’année. Julia et Charlotte enchaînent les semaines de 60 heures, comme elles enchaînent les crises de larmes. Et parce qu’elles craignent pour leur santé, elles décident de faire remonter le problème. En vain. “J’ai alarmé le rédacteur en chef à de nombreuses reprises, puis le directeur général”, avoue Charlotte. “L’un me répondait que je n’étais pas faite pour ce métier, l’autre me disait que ça allait s’arranger.”

Julia et Charlotte enchaînent les semaines de 60 heures, comme elles enchaînent les crises de larmes

Pourtant, les noms d’oiseaux continuent de fuser dans la rédaction à la moindre petite erreur. Les réunions et les rendez-vous s’enchaînent, du matin au soir très tard. Les deux consoeurs veulent tenir, mais c’est déjà trop tard. Elles confient toutes les deux avoir connu la boule au ventre et les nausées avant de venir au travail le matin. Tout comme avoir connu les idées noires en repartant chez elles, à l’heure où tout le monde dort déjà. Charlotte se met en arrêt maladie et démissionne dans la foulée, au bord du burn-out. Quelques mois plus tard, Julia fait de même. Elles ne sont pas les premières ni les dernières à s’enfuir du journal en raison de pratiques abusives. Pourtant, au sein de la rédaction et du groupe de média, tout le monde serait au courant de ces cas d’abus au travail et comportements toxiques depuis bien longtemps. 

Le harcèlement au travail, loin d’être une question d’âge ou de poste

Plus cité des abus au travail, le harcèlement n’arrive pas seulement aux jeunes salariés de petites entreprises. Marie* en est l’exemple parfait. Celle qui travaille depuis 1994 dans un très grand groupe français a près de 50 ans lorsque son monde s’écroule. Elle est directrice de secteur et manage ses équipes avec brio à l’époque des faits. “Ça se passait super bien. Mes résultats étaient au top et mes équipes étaient contentes.” Jusqu’au jour où l’un des membres de son personnel l’attaque pour harcèlement. “Du jour au lendemain, on m’a demandé de rentrer chez moi et d’attendre. J’ai attendu 3 mois dans l’angoisse sans que l’on me tienne au courant de rien.” Et puis Marie finit par comprendre. “Le salarié en question poussait toutes les équipes à bout. Alors j’ai voulu intervenir en discutant avec lui. J’ai alerté l’assistante sociale et la hiérarchie. Et puis un jour je lui ai envoyé un mail dans le cadre du travail, et c’est ce mail qu’il a pris pour dénoncer du harcèlement. Par la suite, il m’a même accusé de l’avoir frappé.” Ce qui s’est révélé être un mensonge. L’entreprise finit par innocenter la mère de famille, mais pour elle, c’est déjà trop tard. “Ils ont fait courir plein de rumeurs durant leur enquête. Comme le fait que j’aurais eu une relation avec mon supérieur. C’était trop pour moi. On parle de mal-être au travail pour les salariés, mais il existe aussi pour les managers.” Marie, qui s’est senti abandonnée et maltraitée, demande au groupe de publier un démenti sur l’affaire au sein de l’entreprise. Mais ça lui est refusé. Alors elle démissionne, mais son collaborateur, lui, est resté.

Ces managers qui se remettent en question pour le bien-être de leurs équipes

Aujourd’hui, les comptes instagram tels que “Balance Ta Start-up”, “Balance ton Agence”, “Balance ta Rédac” ou “Balance ton Boss” se multiplient et mettent en lumière les abus au travail et comportements nocifs de managers. Cheihk Kane, CEO de Flying For You, aurait pu faire partie de ces mauvais élèves il y a encore quelques mois. “Les premières personnes à m’avoir rejoint au sein de la boîte étaient des stagiaires et j’avais l’habitude de faire de gros volumes horaires : 8h30 – 1h30”, avoue l’entrepreneur. Après sa journée de travail, Cheihk Kane en profite pour envoyer des messages à ses salariés, dans le but de gagner du temps. “Le résultat étant qu’ils recevaient très souvent des notifications de nos outils, de mails ou de messages le soir voire la nuit.” Lors d’un entretien de performance, au moment d’évaluer le CEO, un de ses stagiaires le lui fait remarquer. Cheihk Kane l’avoue, il n’avait jusqu’alors jamais pensé au stress que tout cela pouvait générer chez ses employés.

Je propose à chaque employé de désactiver l’intégralité des notifications le soir ainsi que le week-end. L’équilibre vie pro vie perso est très important, je ne demande jamais rien à mes employés en dehors des heures de travail.

Alors depuis, le chef d’entreprise s’est repris en main, pour le bien-être de son équipe. “J’ai refait toute ma culture d’entreprise”, assure-t-il. “Pour commencer, je propose à chaque employé de désactiver l’intégralité des notifications le soir ainsi que le week-end. L’équilibre vie pro et vie perso est très important pour moi, je ne demande jamais rien à mes employés en dehors des heures de travail.” Cheihk Kane propose également une réunion quotidienne de 15 minutes pour que chacun puisse s’exprimer avant de commencer sa journée. Ainsi qu’une présentation hebdomadaire d’un des membres au reste de l’équipe sur un sujet qui le passionne. Et bien d’autres encore. “Il est très important que mes salariés se sentent bien. J’ai toujours voulu créer une petite entreprise où tout le monde se connaît et tout le monde à envie de venir travailler jour après jour. Et puis cela influence énormément la performance de chaque employé et les communications internes.”

L’entreprise de prêt-à-porter Stella & Suzie, dénoncée il y a peu sur le compte instagram “Balance ta Start-up”, a elle aussi annoncé vouloir changer. Après avoir publié des excuses publiques sur le réseau social suite à de nombreux témoignages de situations d’abus au travail, l’entreprise assure avoir restructuré son équipe “en embauchant en interne une juriste, une directrice financière et une comptable”. Et ce pour, à terme, devenir “une start-up exemplaire en droit social”

Dans un monde où la culture du silence est fortement présente, ces mouvements de dénonciations semblent nécessaires pour faire changer les choses. Parce qu’il faut bien l’avouer, parfois, libérer la parole sur les réseaux sociaux apparaît comme le dernier recours. 

*Tous les prénoms ont été changé

Margot Pyckaert

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